Accueil arrow Toutes catégories arrow Les Etats semi-généraux de la santé : au profit de qui ?!
Les Etats semi-généraux de la santé : au profit de qui ?! Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Ecrit par Philippe Maire le 12-10-2009 (lu 1253 fois)   
ImagePour rappel, le 28 janvier 2009, le Grand Conseil décidait par 71 voix contre 30 de réunir les Etats généraux de la santé dans le but de poursuivre la nécessaire réforme du système sanitaire neuchâtelois. Au départ, il était question de réunir toutes les parties concernées par la problématique de la santé et de donner une large possibilité à la population d’exprimer ses avis sur le système en place et ses attentes quant à son évolution future.
Initiés au départ en 1998 par Bernard Kouchner, alors secrétaire d’Etat à la santé, les objectifs des Etats généraux français de la santé étaient de :
1.       contribuer à l’adaptation du système sanitaire ;
2.       organiser le dialogue et la concertation.
De manière à favoriser l’expression des opinions des citoyens, une série de mesures furent introduites en France qui allaient d’une consultation sur l’appréciation du système de santé (au moyen d’un questionnaire anonyme) à un forum permanent sur internet. Dans chaque région, un appel à projets fut lancé « afin de permettre la mobilisation de l’ensemble des acteurs et l’émergence d’initiatives de toutes natures ». Et finalement, une douzaine de thèmes nationaux furent discutés au cours de forums organisés dans de grandes villes de province. Neuf mois après son lancement, le débat tenu a généralement été considéré comme fructueux par la mobilisation qu’il a suscitée et par le type d’expression qu’il a permis.
A Neuchâtel, hélas, les Etats généraux de la santé n’ont pas encore eu lieu qu’on a la claire impression que la logique a été inversée : plutôt que de donner la parole à la population, ils seront, pour les autorités sanitaires, l’occasion de prêcher leur sainte parole.
Sur quoi se base cette impression ?
Pour commencer
, les Etats semi-généraux de la santé comprennent une partie grand public (le matin) et une partie sur invitation (l’après-midi). Personne ne connaît les critères qui distinguent la plèbe des élus. Serait-ce un moyen subtil pour l’administration - en charge de l’organisation de la manifestation - de rappeler que si tous les citoyens sont égaux, certains sont plus égaux que les autres ?... Ce n’est certainement pas comme cela que la population neuchâteloise va retrouver confiance en son système et en ses autorités sanitaires.
Deuxièmement, la matinée est consacrée à trois conférences suivies chacune de 10 minutes de parole au public (!), puis d’une table ronde de 45 minutes sur le thème « Imaginons le système sanitaire neuchâtelois de demain ». Est-ce que l’on devra prendre un ticket comme à la poste pour pouvoir prendre la parole pendant 45 secondes, montre en main ? Manifestement, on ne va pas faire davantage d’efforts d’imagination collective pour penser le système sanitaire de demain qu’on n’en a consacré à élaborer celui d’hier. Il est, à cet égard, tout à fait regrettable qu’il n’ait été mis en place de forum sur internet pour favoriser l’expression des opinions des citoyens.
Troisièmement, l’après-midi sera consacré à des ateliers sur… les mêmes thèmes que les conférences du matin. Histoire, sans doute, de démontrer que si la population n’est pas invitée, l’imagination est bien au rendez-vous ? Qui a choisi les thèmes ? Pourquoi se limiter aux trois problématiques de la promotion de la santé, des coûts du système de santé et de la planification hospitalière ? Il est déplorable que des problèmes graves comme la pénurie de personnel soignant (notamment de médecins), les risques d’épuisement qui guettent les professionnels de la santé, la mise à l’index de l’hôpital de la Providence, l’absence de relations entre soins à domicile et homes, la laborieuse mise en place de NOMAD ou encore les coûteux dysfonctionnements du service de la santé publique ne seront vraisemblablement pas abordés.
Quatrièmement, il est attendu - même si ce but avoué par la Conseillère d’Etat Gisèle Ory ne figure pas formellement dans le programme - que les initiés de l’après-midi parviendront à régler la question des initiatives pendantes contre la loi sur l’EHM. Ce qui serait alors un gâchis : les autorités sanitaires ne disposent-elles pas d’autres moyens et d’autres lieux pour discuter avec les comités d’initiative ? Les Etats généraux de la santé ne devraient-ils pas être consacrés au bilan de la restructuration en cours plutôt qu’à régler les problèmes que la dite restructuration a engendré ?! 

Résumons : dans le but de « 
dégager un consensus permettant de résoudre les différents problèmes touchant le système de santé neuchâtelois », les Etats semi-généraux de la santé ont été organisés de manière à limiter la participation des personnes, le nombre de problèmes à traiter et la circulation de l’information. La montagne est ainsi sûre d’accoucher d’une souris. A qui profitera ce déni de démocratie ? Vraisemblablement, cette farce va s’exercer au détriment de la population et au bénéfice des pompiers pyromanes qui sont actuellement en charge de la pseudo réforme sanitaire. Comme d’habitude.
Nos autorités sanitaires s'imaginent - charrue avant les bœufs - que l’on va résoudre les problèmes qui se posent en faisant l’économie d’une identification et d’une lecture partagée des dits problèmes. Ce sera alors probablement la seule économie que l’on aura faite ce 24 octobre 2009.
Quand à la population, qu’elle soit dans les gradins ou dans la tribune des invités d’honneur de la manifestation, elle ne doit pas s’attendre à une réduction prochaine de ses impôts et/ou de ses primes d’assurance maladie.        
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