| La santé dans le canton de NE – le politique reprend la main dans un climat toxique |
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| Ecrit par Philippe Maire le 22-12-2009 (lu 990 fois) | |
Il est d’usage, en fin d’année, de faire un bilan des activités de manière à mesurer le chemin parcouru et de poser ainsi les jalons des futures dispositions à prendre. S’agissant de l’organisation sanitaire neuchâteloise - certains parleront sans doute plus volontiers de désorganisation - le fait le plus marquant pour 2009 réside, d’après moi, dans la volonté affichée par la classe politique d’assumer son leadership. Aussi bien les député(e)s du Grand Conseil que la nouvelle Conseillère d’Etat, Madame Gisèle Ory, semblent désormais déterminés à se réapproprier la maîtrise de décisions dont ils se sont laissé déposséder. J’ai eu l’occasion, dans mon ouvrage consacré à la santé dans le canton de Neuchâtel, de prôner une telle évolution. Nous avons connu ces dernières années - et connaissons encore, hélas - de très sérieux problèmes à tous les niveaux du système. Pour la clarté du propos et pour bien saisir ce qui se joue, il est utile de distinguer trois niveaux : le niveau de contrôle, le niveau structurel et le niveau opérationnel. Le niveau de contrôle désigne la superstructure qui exerce une influence sur l’organisation sanitaire ; il est en principe assumé par la classe politique. Depuis trop longtemps, ce niveau de contrôle a abdiqué face à la complexité du système sanitaire. Les conséquences sont connues : nous avons désormais un dispositif sanitaire au coût ingérable et à l’efficacité discutable. De récents événements indiquent toutefois une nouvelle et bienvenue tendance de la part de ce niveau du système à assumer son rôle. La réunion des Etats généraux de la santé et la décision du Grand Conseil de se donner un droit de regard sur les options stratégiques d’Hôpital neuchâtelois sont autant d’indications d’un retour aux affaires du politique. Mais il reste à faire : si l’on assiste à la reprise en main d’Hôpital neuchâtelois, il s’agira de mettre aussi de l’ordre au sein d’un service de la santé publique qui se comporte comme un état dans l’Etat depuis trop longtemps. En effet, la relative démission du niveau de contrôle profite au niveau structurel du système. Le niveau structurel du système de santé concerne l’infrastructure sanitaire qui est destinée à fournir à la population les prestations de soins de diverses natures dont elle a besoin ; il est en charge de l’administration. Toutefois, lorsque l’administration parvient à s’émanciper du niveau de contrôle, elle en vient à adopter un comportement parasitaire, n’étant ni au service de l’Etat, ni à celui des citoyens. A ce niveau structurel, d’énormes difficultés subsistent : la mise en place de NOMAD – et à un moindre égard celle du Centre Neuchâtelois de Psychiatrie – se passe dans la douleur. Démotivation des collaborateurs et absentéisme démontrent les limites de l’attitude du « Y a qu’à… » qui semble tenir lieu de politique sanitaire dans notre canton. Quant à la restructuration hospitalière, elle pose des problèmes autant au niveau structurel (3 initiatives populaires pendantes, critiques émanant du Parti socialiste) qu’opérationnel. Le niveau opérationnel du système concerne la manière dont sont dispensés les soins ; il relève donc du management des institutions de soins. A ce niveau opérationnel, ce sont les tensions qui dominent en raison de pratiques managériales inadaptées produisant davantage de désordre que d’ordre dans le système. Je suis d’avis que ces tensions s’exercent immanquablement au préjudice des soignants, d’abord, et des patients, ensuite. La récente et malheureuse affaire de la mise à l’écart et les circonstances qui entourent les licenciements des docteurs Giovanni Spoletini et Patrick Cornu illustrent les dérives de cette gestion insuffisamment participative que j’ai dénoncée dans mon ouvrage. A noter - mais ce n’est que logique - que certains cadres du service de la santé publique affichent les mêmes velléités autoritaires et la même tendance à l’abus de pouvoir que la direction générale d’Hôpital neuchâtelois. Pour conclure, le mal principal dont souffre la santé dans le canton de Neuchâtel provient à tous les niveaux du système – mais surtout aux niveaux structurel et opérationnel – d’une politique de discordance et, accessoirement, d’une absence de traitement global des problèmes. Ces attitudes sont, selon moi, directement responsables de l’inefficience et de l’inefficacité du système. Mais attention, au niveau de contrôle du système, la tendance chez certains élus à pratiquer une politique politicienne qui fait son lit des clivages gauche-droite ou bas-haut du canton est tout autant responsable des dysfonctionnements que les abus notoires d’un certain management. Pour « doter le canton de structures nouvelles, repenser l’Etat dans son rôle et son fonctionnement, revoir les relations qu’il entretient avec ses partenaires et mettre en place une politique extérieure beaucoup plus active » (cf. programme de législature 2009-2013), il est attendu que nous devions économiser quelque 40 millions de francs dans la santé sur les 150 millions prévus. Pourquoi ne pas commencer, au niveau de contrôle du système, par rappeler à certains caciques qu’ils ne sont pas là pour se servir du système, mais qu’ils sont au service des citoyens ?! |
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